I. Introduction
Le travail au froid apparaît dans de nombreux secteurs : agroalimentaire, logistique, transport, BTP, propreté, espaces verts, grande distribution, maintenance, services publics ou activités de secours. Il peut s’agir d’un froid naturel, lié aux conditions météo, ou d’un froid artificiel, lié à une installation frigorifique.
L’INRS rappelle qu’une vigilance s’impose lorsque la température ambiante est inférieure à 5 °C. Mais le ressenti dépend aussi du vent, de l’humidité, de la durée d’exposition, de l’intensité physique du travail, des vêtements portés et de l’état de santé des salariés.
Le DUERP doit donc éviter les formulations trop générales. La question n’est pas seulement de savoir s’il fait froid, mais de comprendre qui travaille dans le froid, combien de temps, dans quelles conditions, avec quels équipements et quelles marges de récupération.
II. Pourquoi le froid devient un risque professionnel
Le froid agit à la fois sur le corps, sur la qualité du travail et sur la sécurité. Ses effets peuvent être directs, comme les engourdissements, les gelures ou l’hypothermie, mais aussi indirects, en augmentant le risque d’accident.
Les effets les plus fréquents sont notamment :
- la fatigue accrue et la baisse de vigilance ;
- la perte de dextérité, qui rend les gestes plus difficiles ;
- les engourdissements des mains, du visage ou des pieds ;
- les glissades liées au gel, à l’humidité ou aux sols froids ;
- l’augmentation possible des troubles musculosquelettiques ;
- les gelures, engelures ou lésions cutanées ;
- l’hypothermie, qui constitue une urgence vitale.
Le froid peut aussi modifier le comportement au poste : gestes moins précis, outils moins bien tenus, déplacements plus hésitants, tendance à accélérer pour sortir plus vite de la zone froide. C’est souvent cette combinaison qui rend le risque difficile à maîtriser.
III. Les situations de travail les plus concernées
Toutes les expositions au froid ne se ressemblent pas. Un salarié qui entre ponctuellement dans une chambre froide n’a pas le même niveau d’exposition qu’une équipe qui prépare des commandes pendant plusieurs heures dans un environnement réfrigéré.
Les situations à repérer en priorité sont :
- les chambres froides et entrepôts frigorifiques ;
- les quais de chargement exposés aux courants d’air ;
- les travaux extérieurs en hiver, notamment avec vent ou pluie ;
- les postes statiques en local froid, comme le conditionnement ou l’étiquetage ;
- les interventions de maintenance sur installations frigorifiques ;
- les livraisons, tournées, collectes ou interventions multisites ;
- les travaux avec contact possible avec des surfaces métalliques froides ;
- les activités physiques intenses pouvant provoquer de la transpiration puis un refroidissement rapide.
Le point clé est de croiser température, durée, humidité, vent, intensité du travail et organisation des pauses. Une exposition courte peut rester maîtrisée, tandis qu’une exposition répétée ou mal organisée devient un vrai sujet de prévention.
IV. Comment intégrer le travail au froid dans le DUERP
Le DUERP doit traduire le froid en situations concrètes. Une simple ligne “travail au froid” ne suffit pas si elle ne précise pas les postes concernés, les circonstances d’exposition et les mesures déjà en place.
Exemple de lecture DUERP
| Situation | Risque | Mesure de prévention |
|---|---|---|
| Préparation de commandes en chambre froide | Exposition prolongée, perte de dextérité, TMS | Limiter la durée d’exposition, organiser des pauses chauffées et fournir des vêtements adaptés. |
| Travail extérieur en hiver avec vent | Refroidissement rapide, fatigue, baisse de vigilance | Planifier les tâches, suivre la météo, prévoir abri chauffé et boissons chaudes. |
| Quai logistique froid et humide | Glissade, chute, heurt avec engins | Traiter les sols, limiter les courants d’air, séparer les flux et renforcer la signalisation. |
| Contact avec surfaces métalliques froides | Lésion cutanée, perte de sensibilité | Isoler les surfaces, imposer des gants adaptés et former les salariés. |
| Travail isolé en zone froide | Retard d’alerte en cas de malaise ou enfermement | Mettre en place alarme, contrôle régulier, dispositif d’ouverture et consignes d’urgence. |
V. Les facteurs à évaluer avant de choisir les mesures
L’évaluation du travail au froid doit tenir compte de plusieurs paramètres. C’est cette analyse qui permet d’éviter une réponse trop simple, limitée au vêtement chaud.
Les facteurs climatiques ou ambiants
La température mesurée ne suffit pas. Le vent, l’humidité et les courants d’air modifient fortement le ressenti. En extérieur, la météo doit être surveillée. En intérieur, les températures des installations frigorifiques doivent être connues et suivies.
Les facteurs liés au poste
La durée d’exposition, le niveau d’effort, la possibilité de faire des pauses, la présence d’un abri chauffé, les cadences, les déplacements, les sols glissants et le port de gants influencent directement le niveau de risque.
Les facteurs individuels
Certaines situations personnelles peuvent augmenter la vulnérabilité au froid : âge, état de santé, pathologies cardiovasculaires ou respiratoires, diabète, grossesse, prise de certains médicaments, fatigue ou apports alimentaires insuffisants. Ces éléments relèvent du médecin du travail lorsqu’ils nécessitent un aménagement.
VI. Les mesures de prévention à privilégier
La prévention la plus efficace consiste d’abord à éviter ou limiter l’exposition prolongée au froid. Les équipements individuels sont nécessaires, mais ils ne remplacent pas l’organisation du travail.
1. Réduire l’exposition
L’employeur peut agir sur la planification et l’organisation :
- limiter la durée de présence continue en zone froide ;
- alterner les tâches exposées et non exposées ;
- reporter certaines interventions extérieures en cas de conditions dangereuses ;
- éviter le travail isolé en zone froide ;
- prévoir des pauses régulières dans un local chauffé.
2. Aménager les postes et les locaux
Les locaux, quais, chambres froides et postes extérieurs doivent être pensés pour réduire l’exposition :
- mettre à disposition un local ou abri chauffé ;
- limiter les courants d’air et les apports d’air humide ;
- isoler les surfaces métalliques froides ;
- prévenir les glissades par le choix des sols et leur entretien ;
- installer une signalisation spécifique en zone froide ;
- prévoir des dispositifs d’alarme et d’ouverture depuis l’intérieur des chambres froides.
3. Adapter les équipements
Les vêtements doivent protéger sans empêcher le travail. L’INRS recommande de privilégier plusieurs couches de vêtements plutôt qu’un seul vêtement épais, avec une attention particulière portée à la tête et aux mains.
Les équipements doivent aussi rester compatibles avec les autres risques : manutention, conduite d’engins, coupures, produits chimiques, visibilité, circulation ou travail en hauteur.
4. Informer et former les salariés
Les salariés doivent connaître les signes d’alerte : engourdissement, frissons persistants, perte de sensibilité, maladresse inhabituelle, confusion, fatigue excessive ou douleur liée au froid.
Ils doivent aussi savoir :
- quand interrompre une tâche ;
- comment utiliser les équipements fournis ;
- où se réchauffer ;
- qui alerter en cas de malaise ;
- quelles consignes appliquer en chambre froide ou en extérieur.
VII. Points de vigilance pour l’employeur
Le travail au froid doit être anticipé, pas seulement traité au moment de l’hiver ou après un incident. Dans le DUERP, l’employeur doit rattacher les mesures à des unités de travail précises : préparation de commandes, quai, maintenance, intervention extérieure, livraison, collecte, chantier ou stockage frigorifique.
Les actions prioritaires sont les suivantes :
- cartographier les postes exposés au froid naturel ou artificiel ;
- évaluer la température, le vent, l’humidité, la durée d’exposition et l’effort physique ;
- identifier les tâches où le froid favorise les accidents ;
- prévoir des pauses et locaux chauffés ;
- vérifier les vêtements, gants, chaussures et protections disponibles ;
- sécuriser les chambres froides, alarmes, ouvertures et dispositifs d’urgence ;
- associer le CSE, les salariés et le service de prévention et de santé au travail.
VIII. Conclusion
Le travail au froid doit être intégré au DUERP comme un risque professionnel complet. Il concerne la santé, mais aussi la sécurité immédiate : glissades, perte de dextérité, fatigue, baisse de vigilance, TMS et accidents liés aux conditions de travail.
La bonne approche consiste à limiter l’exposition, adapter les postes, organiser les pauses, sécuriser les chambres froides et fournir des équipements réellement adaptés. Un DUERP utile ne se contente pas de mentionner le froid : il décrit les situations exposantes et les actions concrètes à mettre en œuvre.
Sources
- INRS – Travail au froid, ce qu’il faut retenir : https://www.inrs.fr/risques/froid/ce-qu-il-faut-retenir.html
- INRS – Travail au froid, prévenir les risques : https://www.inrs.fr/risques/froid/prevenir-risques.html
- INRS – Travailler en extérieur au froid : https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=Anim-166
- Ameli – Outils de gestion et prévention des risques professionnels : https://www.ameli.fr/entreprise/votre-entreprise/outils-gestion-prevention-risques-professionnels