I. Introduction
Les gaz d’échappement proviennent des moteurs thermiques : véhicules légers, poids lourds, engins de chantier, chariots, groupes électrogènes, petits moteurs à essence ou équipements utilisés dans des lieux insuffisamment ventilés.
Ils contiennent plusieurs polluants dangereux, notamment du monoxyde de carbone, des oxydes d’azote, des particules fines et des hydrocarbures aromatiques polycycliques. L’INRS rappelle que certaines situations professionnelles entraînent des expositions bien supérieures à celles rencontrées par la population générale.
Le sujet doit donc être intégré dans l’évaluation des risques professionnels, surtout lorsque les moteurs tournent dans des espaces fermés, semi-fermés ou mal ventilés.
II. Pourquoi les gaz d’échappement sont un risque professionnel
Le danger dépend du type de moteur, du carburant, de l’état d’entretien, de la ventilation, de la durée d’exposition et de la proximité des salariés avec la source d’émission.
Les effets possibles sont de deux ordres :
- des effets immédiats : irritation des yeux et des voies respiratoires, maux de tête, fatigue, nausées, malaise, perte de connaissance ou intoxication grave au monoxyde de carbone ;
- des effets différés : atteintes respiratoires, exposition aux particules diesel et augmentation du risque de cancer du poumon en cas d’exposition chronique.
Les émissions de moteurs diesel sont classées comme cancérogènes avérés par le CIRC. Au niveau professionnel, les travaux exposant aux émissions d’échappement de moteurs diesel relèvent donc d’une démarche de prévention renforcée, proche de celle appliquée aux agents chimiques CMR.
III. Les situations de travail les plus exposantes
Le risque est particulièrement important lorsque les gaz s’accumulent ou lorsque l’opérateur travaille près de la sortie d’échappement.
- Ateliers de réparation, garages, centres de contrôle technique et zones de maintenance.
- Entrepôts ou locaux utilisant des chariots thermiques.
- Travaux souterrains, tunnels, tranchées, galeries ou parkings fermés.
- Chantiers avec engins diesel utilisés à proximité des équipes.
- Utilisation de groupes électrogènes, tronçonneuses, disqueuses thermiques ou petits moteurs à essence.
- Postes fixes exposés à un trafic répété : péages, parkings, quais, zones de chargement.
Le point de vigilance principal est simple : un moteur thermique ne doit pas être considéré comme “peu dangereux” sous prétexte qu’il tourne peu de temps. Dans un local mal ventilé, l’accumulation peut être rapide.
IV. Comment l’intégrer dans le DUERP
Le DUERP doit relier le risque à des situations réelles de travail. Il ne suffit pas d’indiquer “gaz d’échappement” dans une ligne générale : il faut préciser où, quand, qui est exposé et quelles mesures existent déjà.
Exemple de lecture DUERP
| Situation | Risque | Mesure de prévention |
|---|---|---|
| Véhicule moteur allumé dans un atelier | Inhalation de gaz, particules et monoxyde de carbone | Capter les gaz à la sortie d’échappement avec un extracteur adapté. |
| Chariot thermique utilisé en intérieur | Accumulation de polluants dans un local fermé | Remplacer par un équipement électrique ou renforcer la ventilation et l’entretien. |
| Travaux en tunnel ou espace confiné | Exposition élevée aux émissions diesel | Limiter les moteurs thermiques, ventiler mécaniquement et suivre les niveaux d’exposition. |
| Petit moteur à essence en local peu ventilé | Intoxication aiguë au monoxyde de carbone | Interdire l’usage en intérieur et prévoir une alternative électrique. |
| Maintenance moteur ou test après réparation | Exposition répétée de l’opérateur et des salariés proches | Organiser une zone dédiée, former les équipes et éviter les moteurs au ralenti. |
V. Les mesures de prévention à privilégier
La prévention doit suivre l’ordre des principes généraux de prévention. L’objectif n’est pas seulement de porter un masque, mais de réduire l’émission et l’exposition au plus près de la source.
1. Supprimer ou remplacer la source
La mesure la plus efficace consiste à éviter le moteur thermique lorsque c’est possible.
- Choisir des équipements électriques pour les travaux en intérieur.
- Remplacer les chariots thermiques par des chariots électriques dans les locaux.
- Placer les moteurs fixes à l’extérieur ou éloigner la source des postes de travail.
- Éviter les groupes électrogènes thermiques dans les espaces fermés.
2. Capter les gaz à la source
Dans les garages, ateliers et centres de contrôle, le captage à la sortie d’échappement est une mesure centrale. Un extracteur relié au pot d’échappement évite que les gaz ne se diffusent dans l’atelier.
Cette solution doit être dimensionnée, entretenue et utilisée réellement. Un dispositif présent mais non raccordé au moment des essais ne protège pas les salariés.
3. Ventiler et organiser le travail
La ventilation générale complète le captage, mais ne le remplace pas lorsque l’émission peut être captée directement. Elle doit être adaptée au local et à l’activité.
L’organisation compte aussi :
- limiter le nombre de moteurs en fonctionnement simultané ;
- interdire les moteurs au ralenti quand ils ne sont pas nécessaires ;
- réduire le temps passé près des émissions ;
- isoler les postes exposants ;
- entretenir régulièrement les moteurs et les systèmes de dépollution ;
- contrôler les niveaux de monoxyde de carbone ou d’oxydes d’azote si la situation le justifie.
4. Former les salariés
Les salariés doivent connaître les situations à risque, les symptômes d’alerte, les consignes d’utilisation des extracteurs, les règles de ventilation et les interdictions d’usage des moteurs thermiques en espace mal ventilé.
Un point doit être clairement rappelé : un masque filtrant classique ne protège pas du monoxyde de carbone. La réponse doit donc être technique et organisationnelle avant d’être individuelle.
VI. Points de vigilance pour l’employeur
L’employeur doit évaluer l’exposition, définir les mesures de prévention, informer les salariés et assurer la traçabilité dans le DUERP. Lorsque les émissions diesel sont concernées, le sujet doit être traité avec le niveau d’exigence attendu pour un procédé cancérogène.
Les actions à suivre peuvent être simples :
- identifier toutes les zones où un moteur thermique fonctionne ;
- vérifier si l’activité peut être réalisée sans moteur thermique ;
- contrôler l’existence et l’usage réel du captage à la source ;
- mettre à jour les consignes de travail ;
- planifier les contrôles, l’entretien et les formations ;
- associer le service de prévention et de santé au travail lorsque l’exposition est significative.
VII. Conclusion
Les gaz d’échappement doivent être traités comme un risque chimique professionnel, surtout en présence d’émissions diesel ou de moteurs utilisés dans des locaux mal ventilés. La priorité est de supprimer le moteur thermique, de le remplacer, ou de capter les gaz directement à la source.
Dans le DUERP, l’entreprise doit décrire les situations exposantes, les salariés concernés, les moyens de prévention existants et les actions à renforcer. C’est cette approche concrète qui permet de limiter les intoxications aiguës, les expositions chroniques et les risques à long terme.
Sources
- INRS – Gaz d’échappement, ce qu’il faut retenir : https://www.inrs.fr/risques/gaz-echappement/ce-qu-il-faut-retenir.html
- INRS – Risques chimiques : https://www.inrs.fr/risques/chimiques.html
- INRS – Agents chimiques CMR : https://www.inrs.fr/risques/cmr-agents-chimiques.html
- INRS – Monoxyde de carbone, fiche toxicologique : https://www.inrs.fr/publications/bdd/fichetox/fiche.html?refINRS=FICHETOX_47